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Le Miracle de l’Atlas

December 10, 2008

Haut AtlasProfitant des fêtes de l’Aid El Kebir et de l’ouverture de la saison hivernale, c’est en compagnie de Nicolas, autre collègue VIE à Casablanca, que nous sommes partis à destination d’Oukaimeden. Pour ma part, il s’agissait d’un baptême du ski au programme tout en espérant que la neige soit au rendez-vous. La station de ski marocaine d’Oukaimeden est la plus haute de l’Afrique, située à 2700 mètres d’altitude dans le Haut Atlas, le toit de l’Afrique du Nord. Si les pistes culminent à 3200 mètres, Oukaimeden n’est pas le sommet de l’Atlas, le Jbel Toubkal avec ses 4167 mètres dominant le massif.

Road to Oukaimeden, le toit de l’Afrique du Nord

pc073316Oukaimeden est situé à 75 km de Marrakech, sur la route de la Vallée de l’Ourika. La partie Casablanca – Marrakech s’est déroulée sans encombres, la nouvelle autoroute permettant d’engranger les 240 Kms séparant les deux villes en des temps très satisfaisants. La route s’est compliquée par la suite avec une dernière montée de nuit à travers les routes étroites et sinueuses de l’Atlas. C’est Chez JuJu, charmante auberge tenue par des Français, et appréciés des familles marocaines, que nous poseront nos guêtres. Après une nuit plutôt fraîche, le réveil au matin est des plus appréciables avec un petit déjeuner en terrasse au bord des pistes et une vue splendide sur la montagne toute enneigée. La station garde son charme marocain avec son lot de petits restaurants à tajines et ses vendeurs berbères de souvenirs en tout genre.

Du Ski Made in Morocco

L’heure est à la location du matériel. Pour une somme raisonnable de 175 dirhams, je repartirai avec paire de skis, bâtons, combinaison intégrale, chaussures de ski, lunettes et gants. Parés à affronter les pentes de l’Atlas, nous prenons l’unique remontée mécanique de la station. La station d’Oukaimeden s’est dotée de ce télésiège en 1963 alors que la création de la station date de 1936 avec la construction d’un premier refuge par le Club Alpin Français de Marrakech. Que ce soit sur la route bordant les pistes ou au sommet de ces dernières, l’accueil est des plus chaleureuses par les Marocains d’Oukaimeden qui se proposent « moniteurs » pour la journée. Nico, déjà habitué aux joutes savoyardes, sera mon moniteur pour part. Les échanges de « Salam Haleikhoum » mettent du baume au cœur à cette hauteur et rend les sourires radieux pour les gens du coin à la vue de Bedaouis qui s’essaient à quelques phrases d’arabe mieux maîtrisées qu’il y a quelques mois.

A peine les skis chaussés et c’est la première chute. Novice en la matière, il ne fallait pas s’attendre à mieux. L’équipementpc083339 n’est pas non plus dernier cri mais me convient très bien en tant que complet débutant. Il donne même une ambiance années 70’s assez sympathique au sommet des pistes et mes premières chutes font rire aux éclats les Marocains qui déjà voyaient à travers le Francaoui, le Blond de Gad Elmaleh. Après quelques minutes, je me lance dans mes premiers virages et commence à me prendre au jeu. Vingt minutes plus tard, il sera temps de déchausser, la piste étant fermée et grillagée pour la suite de la descente. Contraints de s’arrêter là, nous entamons une remontée à pied, skis sous le bras, pour rejoindre le bon bout de la piste principale. Totalement éblouis par la beauté des paysages et la vue imprenable sur tout l’Atlas, nous tentons un raccourci à travers la montagne.

Et Badaboum…

Il faut savoir qu’à cette époque, la station n’est pas encore officiellement lancée dans la saison et les amateurs de ski se font plutôt rares, préférant se cantonner à la première piste. Il est vrai que le ski est loin d’être le sport national au Royaume du Maroc. A vrai dire, il reste réservé encore à une classe supérieure, ayant les moyens financiers de l’hébergement et de l’équipement. Les infrastructures se mettent doucement en place comme en atteste le parc hôtelier encore restreint. C’est ce qui fait tout le charme de la station d’Oukaimeden. Néanmoins, des projets d’investissement colossaux de la part des Emirats pourraient rapidement bousculer la donne et Oukaimeden à l’instar de sa grande sœur Marrakech, vendre sa neige au diable.

Pour revenir à nos moutons, après environ une demi-heure de marche intensive dans la Montagne, nous regagnons le sommet mais sommes encore du mauvais côté de la piste. Malgré tout, nous tentons d’avancer dans la descente afin de rejoindre la piste en coupant plus bas. Bien mal nous en a pris de nous aventurer plus loin dans la descente. A 5 minutes d’intervalle, c’est la chute et le déchaussage en règle. C’est une chute incontrôlée sur une pente abrupte au milieu des rochers plus menaçants les uns que les autres. La prise de vitesse est fulgurante, je me retourne plusieurs fois et tente désespérément de planter mes chaussures dans la neige. La chute s’accélère et je vois déjà la fin en distinguant de grosses masses marron qui sont d’énormes rochers. Miraculeusement, je stoppe ma chute, et après avoir dégager la neige de mes yeux, aperçoit mon collègue d’infortune un peu plus bas qui reprend ses esprits.

Secourisme Berbère pour compagnons d’infortune

Le temps de se remettre de ses émotions et de constater que la situation est bien maldsc00500 embarquée. Chacun ayant en outre perdu sa paire de skis et de bâtons, un moindre mal à la vue de la chute spectaculaire. Le drame est passé tout près et nous nous demandons encore comment nous sommes sortis indemnes de cette chute en observant la pente abrupte qui se prolonge plus bas encore. Nous mettrons une bonne heure pour avancer pas à pas en dégageant la neige afin de se réfugier sur de plus gros rochers. Coincés au beau milieu de l’Atlas, le choix se tourne vite vers le contact de la station. La situation devenant trop incertaine pour remonter ou descendre. Par chance, mon mobile Meditel capte. Via un contact à Marrakech, je parviens à récupérer le précieux numéro du responsable du site de l’Oukaimeden, un dénommé Abdelmajid. La suite n’est que tentative de description géographique de l’endroit ou nous sommes coincés. Les premiers réflexes surviennent : une demi Sidi Ali, 4 biscuits déli-choc et 4 cigarettes. Dans 3 heures, la nuit va surtout tomber. Malgré tout, nous gardons confiance dans le pays. Si le mot secouriste n’entraîne pas les mêmes moyens, comme pour tout, il y aura un système D qui plus est bien plus efficace. Après 2h d’attente, voilà poindre un secouriste du nom d’Aznag. Il nous guidera pour la suite du périple à pied, à travers la montagne. Les premiers pas vers la descente sont fébriles devant la menace des plaques de verglas et la possible rechute. Les jambes lourdes, nous retrouvons le reste de l’équipe en bas qui nous rappelle au combien la bonne étoile était avec nous ou plutôt Allah veillait sur nous… A cet instant, l’expression « Hamdullilah » a pris tout sens.

Une chance inouïe de retoucher la terre ferme, de ne pas être bloqué la nuit et d’être tombé dans le seul endroit où le réseau mobile passait. Le lendemain a été consacré à la quête du ski, la boutique facturant la perte 3 000 Dirhams. Finalement, le guide les a retrouvés et l’incident nous aura coûté seulement 500 dirhams. Enfin à ce stade, l’argent ne signifie plusParc du Toubkal grand-chose.

Après cette mésaventure, la descente vers Marrakech a été grandement appréciée avec des vues sublimes sur le Parc du Toubkal, des scènes de vie grandioses et du mouton à gogo sur scooters et mobylettes des années 50 en prémisse des festivités de l’Aid El Kebir. Le souvenir de ce périple à Oukaimeden reste extraordinaire, au seul regret de ne pas avoir skié plus. Mais quoi qu’il advienne, je reviendrai inch’allah, l’Ouka est une merveille du Royaume Marocain et de sa nature. L’accueil a été des plus chaleureux en terre montagnarde et berbère. Skier sur l’Atlas est un étrange sentiment, là perché sur un des sommets de l’Afrique, à deux pas des palmiers de la vallée. Le pays est source de surprises et quand il vous garde une telle bonne étoile, il est difficile de ne pas succomber à son charme. Vivement la prochaine excursion dans l’Ouka ou bien à Ifrane, l’autre station de ski marocaine inch’allah !

Bilan du Périple :

> La sensation étrange de toucher la neige au Maroc
> Le Ski à la Marocaine dans un univers kitsch et attachant
> Une grosse frayeur et le test réussi du secourisme à la sauce berbère
> Quelques nouvelles expressions berbères (Choya tarlat = zouin bezaff la gazelle)
> Des paysages féériques avec la descente sur le Toubkal, de la neige d’Ouka aux palmiers de Marrakech
> Un contact chaleureux avec les Berbères de la Montagne à l’humour très bon

La Bonnes Adresse :

Auberge Chez JuJu : +212 (0) 24 31 90 05

La Photo Bonus, le transport berbère

Transport Berbère, Oukaimeden

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