
Fête de l’Aid ou le Noël Marocain
December 24, 2008
Depuis quelques jours, d’étranges bruits hantaient les rues de Casablanca ou plutôt les sous-sols des immeubles. Le temps d’un week-end, Casablanca s’était bel et bien transformé en une ferme grandeur nature, enfin un parc à ovins. En prémisses des festivités de la fête religieuse de l’Aid, le mouton était roi à Casablanca, chaque famille ayant acquis la bête en vue du sacrifice le Mardi matin suivant.
Aid El Kebir
Pour se remettre un peu dans le contexte, il s’agissait de la fête de l’Aid El Kebir. La fête a lieu le 10e mois du calendrier musulman. Après avoir été briefés par des collègues marocains sur le déroulement de la fête, nous autres francaouis nous faisions une petite idée des hostilités.
Parlons un peu Religion car finalement elle est partie intégrante de la vie quotidienne au Maroc et chez ses voisins
maghrébins. Le principe de l’Aid El Kebir c’est l’achat d’un mouton pour chaque famille marocaine. Le mouton symbolise la soumission d’Abraham à Allah. Abraham acceptant de sacrifier son fils Ismaël pour Allah, et ce dernier envoyant un mouton à la place de l’enfant pour l’offrande sacrifielle. L’Aid El Kebir, c’est quelque part le Noël Marocain, un temps fort religieux et familial. A ce propos, les couloirs étaient des plus déserts au bureau en cette fin de semaine.
Spéculation sur le mouton
Ainsi dès Lundi, on pouvait voir dans les rues de Marrakech et de Casablanca, des moutons à gogo transportés en scooter (bonjour l’équilibre) ou bien tout simplement dans le coffre de la voiture. Et à la nuit tombée, il était assez amusant de prêter l’oreille que ce soit dans la rue pour observer le mouton cantonné au balcon ou bien près des portes de garages pour voir la bête attachée dans le sous-sol de l’immeuble. Quoi qu’il en soit, l’achat du mouton est surtout sujet à polémique. Propageant la rumeur, les agriculteurs cherchent insidieusement à monter le prix de leur marchandise. Cette année, le coût du mouton était d’environ 2500 Dhs, une coquette somme pour le Marocain lambda. J’avais suggéré aux gardiens au travail d’investir dans le cochon, pensant que la bête était bien meilleur prix. L’idée était amusante, la blague fut appréciée mais non c’est bel et bien du mouton dont il s’agit. D’ailleurs, il est de bon ton de donner quelques deniers, sorte d’étrennes à son gardien à l’occasion de cette fête. D’un point de vue économique, l’Etat et les Banques facilitent le crédit à taux zéro. Les familles l’utilisent à souhait soit pour l’acquisition du mouton ou bien pour s’équiper électroménager au Marjane du coin. Il était assez surprenant de voir des publicités surgir à tout coin de rue ayant pour contenu des dessins de mouton, l’humour est bien présent parfois de mauvais goût.
Ambiance surréaliste dans les rues de Casablanca
Ainsi Mardi Matin en fin de matinée, ayant loupé mon sacrifice de mouton initial, j’étais bien décidé à voir ce qu’il en découlait.
Un premier barbecue improvisé en bas de ma rue m’avait mis la puce à l’oreille. Je découvrais avec surprise les premières têtes de la bête sacrifiée passées sur le bûcher afin d’enlever tout poil. Mais le plus surprenant était la présence de Marocains apprentis bouchers portant de long couteaux et postés à chaque coin de rue. Il ne fallait pas être débarqué de la veille devant ce spectacle, d’autant plus que le reste de la rue était déserte. Décidé à en voir plus et poussant ma curiosité légendaire, je suis allé me promener plus loin dans la ville du côté du quartier populaire du Maarif jute derrière les fameuses Twin. Les scènes de rue étaient alors dignes de Grozny. Des barbecues improvisés fleurissaient à tous les coins de rue dégageant une épaisse noire, on aurait dire une manifestation alter mondialiste. Le sang qui coulait dans les caniveaux résumait aussi bien l’ambiance. Tout ce petit monde s’affairait pour porter tête et pieds afin de les brûler dans la tradition.
Pas décidé à en rester là, en discutant avec un Marocain, ce denier me demande si je souhaite assister à un sacrifice. Je me doutais que la partie n’était terminée, pouvant encore entendre le bruit des “bês bês bês” au loin. De ce pas, je le suis et découvre la découpe du mouton dans une cour intérieure, le sacrifice venant tout juste d’avoir lieu, la bête était encore chaude, les intestins tout justes retirés. Un des hommes soufflait à travers la peau, il m’expliqua que c’était pour faciliter la séparation entre la viande et la peau de laine.
Le rituel est également respecté concernant la consommation des éléments. Le premier jour, les croyants mangent tous les organes internes (foie, cœur, intestins..) sous formes de brochettes épicées. Ensuite, vient la découpe de la viande la queue à l’Acima pouvait en attester.
Cette tradition peut paraître choquante pour l’occidental. Il est clair que cette chère Brigitte Bardot n’aurait guère apprécié. Il n’en reste pas moins que ce rituel est un véritable sacrifice et point une fanfaronnade comme on le voit dans notre religion. La scène est impressionnante et donne lieur à de véritables festivités. Ce qui m’a choqué, c’est plutôt le manque d’hygiène et le découpage à la chaîne de la part des bouchers. A propos, le gouvernement a pris des mesures pour mieux contrôler le rituel. L’année prochaine, c’est décidé, ce sera l’investissement dans un mouton afin de goûter véritablement au sacrifice et de savourer pleinement cette fête si particulière mais si importante pour le Monde musulman.





Hey alors, tu as fini par craqué!!